André Francis et Jean Schwartz présentent l'âge d’or des grands orchestres de jazz. Ce que nous avons recueilli ici, c’est presque l’âge d’or, car les grands orchestres ont bien mis vingt ans pour se trouver une forme adaptée à des créations disciplinées, propres à mettre en valeur toutes sortes de solistes. Nous proposons, au sein de 228 morceaux et de 96 formations, un vaste panorama pour le moment unique et parlant d’un monde toujours vivant. Voici les jazz ou le jazz dans ses différents costumes stylistiques, américains pour la plus grande part, tels que la prise de son en studio ou en concert a pu les conserver depuis les débuts de l’enregistrement acoustique (si mal équilibrés, mais quand même, étant donné les moyens primitifs, étonnants) jusqu’aux débuts du microsillon et de la stéréophonie. Nous suivons la chronologie avec une centaine d’équipes de musiciens, souvent très soudés autour d’un chef charismatique, d’autres fois engagés pour quelques séances de studio, l’orchestre auquel ils participent n’ayant un style que par la grâce d’arrangeurs, d’orchestrateurs développant un style reconnaissable. Des orchestres dont on peut se demander pourquoi ils existent alors que de nombreuses petites formations, de 3 à 7 musiciens, des “combos” sont capables de produire un jazz très typé, personnel, parfois génial. Parce que le jazz ne pouvait pas se cantonner aux seuls bars et petits clubs où, peu de monde tout compte fait, pouvait aller l’entendre. Parce que le jazz est lié à des fêtes populaires de plein air et parce que c’est une musique (au début de défilé) de danse et que les dancings américains de plus en plus grands, avaient besoin de grandes formations pour se faire entendre des vastes publics qui s’y rendaient, les Big Bands se sont imposés. Comme au début les sonorisations étaient rudimentaires, voire inexistantes, c’est par les effectifs que ces orchestres ont pu se faire entendre. Tels qu’ils jouaient pour leur public, tels les a-t-on enregistrés au début puis, petit à petit, avec le développement du métier de chefs d’orchestres, pour les meilleurs à la fois compositeurs et orchestrateurs, la musique, plus ou moins pure, quelque fois suivant un programme sonore illustratif, a dépassé sa première utilité pour devenir création en soi avec audace et un grand génie expressionniste dans la recherche de sons et d’harmonies originales pour quelques grands noms. Comme cela s’est souvent produit tout au long de nos collections chronologiques et historiques, le génial côtoie le médiocre (néanmoins ni le franchement faux, ni le mauvais). Nous revendiquons ces choix pour au moins deux raisons : par effet de contraste révélateur et par recherche d’intérêts au sein de créations négligées, mais qui ont toutes une petite lumière de sympathie, une coloration de sons originaux, une facette de l’émotion du temps... Ainsi tout au long de ces dix disques nous allons voyager à petites étapes. Une somme comme celle-ci est faite pour qu’on y revienne, tout d’abord précautionneusement, pour ensuite, lorsqu’on en connaîtra le parcours, y revenir souvent, franchement, longuement. Commencer par de petites touches et y retourner pour de longs et amicaux décors, environnements sonores, c’est la loi de l’écoute des bons disques. Nous survolerons quarante ans de jazz aux quatre coins des USA et quelques petites touches glanées en Europe. Des souvenirs et puis des découvertes, des musiques qui se cherchent, des talents qui s’affirment et des génies qui planent sur notre culture.
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