Riche de sens, le mot maqâm a investi progressivement plusieurs domaines dans la culture arabe. De la racine QWM qui veut dire peuple, le verbe qâma signifie se lever, se dresser, se mettre debout, et le verbe ’aqâma, construire, dresser, élever, ériger… Le mot maqâm (pluriel : maqâmât) contient et désigne la notion d’élévation. Il signifie aussi un lieu, un monument, le tombeau d’un Saint ; c’est un endroit où quelque chose s’élève. En musique arabe, il renvoie à la fois au mode musical et à la modalité. C’est également tout degré musical sur lequel on construit un parcours mélodique. Dans le soufisme, les maqâmât désignent les stations de perfection spirituelle atteintes par les soufis au cours de leur cheminement initiatique dans la Voie en quête du Divin.
Après plusieurs années consacrées à rendre hommage aux chuyûkh (sing. cheikh), maîtres de la Nahda (renaissance culturelle arabe du Proche-Orient), notre désir était de rendre hommage à une femme. Habib me suggéra une sainte soufie du nom de Râbi’a Al-‘Adawiyya. À ce moment-là, je pensais plutôt à une femme de sciences comme Marie Curie, mais peu de temps après notre discussion, Râbi’a m’apparut dans un songe. Dans la constellation des noms féminins qui ont marqué l’histoire arabo-musulmane de leurs lumières, son nom jaillit, Râbi’a Al-‘Adawiyya, pendant cette nuit du mois de février en 1996. Dès cet instant, je confirmais à Habib que son choix était aussi le mien ; et les poèmes de Râbi’a occupèrent nos esprits et nos journées jusqu’à prendre leurs formes musicales dans une inspiration maqâmienne. Au printemps 1998, nous présentâmes au Théâtre de la Ville de Paris, cette humble composition plus longue à l’origine, sous son premier titre “La passion de Râbia”, avec le soutien et les inoubliables encouragements de notre ami Gérard Violette, ancien directeur de ce théâtre, auquel, soit dit en passant, nous réservons une profonde gratitude pour son accueil plein d’amour, d’intelligence et de respect. La première présentation fut accueillie par un public chaleureux et enthousiaste ; et pour rendre hommage à celle qui consacra sa vie à l’Amour Divin, nombre de festivals et théâtres lui ont fait une place dans leur programmation. Les paroles d’Amour de Râbi’a n’ont pas d’âge et paraissent avoir été prononcées au 21ème siècle tant elles sont d’actualité par la force et la douceur de leur pureté et de la lumière qu’elles diffusent. Aujourd’hui comme au 8ème siècle, ces poèmes sont un remède pour les coeurs souffrants, un baume pour les esprits en quête de lumière, un repère et un apaisement pour tous les êtres humains, par-delà les cultures, les religions et les opinions.
Aïcha Redouane
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