(1926 - 1991) Le blues de Miles Davis, au souffle altier et lancinant, aura traversé le bop, le cool, le hard bop pour finir par s’exhaler aux limites de la pop music et du free jazz. C’est qu’avant tout, Miles est un poète dont la musique semble toujours sur le point d’être aspirée par le silence. Trompettiste au destin exceptionnel dès sa rencontre avec Charlie Parker et Dizzie Gillespie à New York en 1944, il fait penser à un prince de ténèbres aux multiples résurrections. Il a à peine 19 ans qu’il quitte déjà Parker pour Gil Evans abandonnant les acrobaties du bop pour assurer la naissance complète du cool. Sa période hard bop va lui faire croiser la route de Mingus, Monk (1954), et surtout Coltrane (1955) qui va prendre son envol dans un quintette de rêve. Dès 1963, il comprend l’immense apport de l’électrification en même temps qu’il s’ouvre à d’autres musiques (indienne entre autres). Il va alors propulser sur le devant de la scène une génération d’instrumentistes surdoués (John Mac Laughlin – Tony Williams – Wayne Shorter – Herbie Hancock – Ron Carter – Chick Corea – Dave Holland – Keith Jarrett – Jack Dejohnette – Sam Rivers et beaucoup d’autres). Son jeu est en même temps flamboyant et minimaliste, d’une émotion poignante malgré l’économie des notes, mais il peut aussi être cassant ou agressif par un travail incessant et un contrôle absolu de la sonorité. Son timbre est d’une densité extrême, tour à tour incisif, pointilliste, rauque, brumeux, lyrique et délicat, mais toujours subtil jusqu’aux limites de l’extinction. Amoureux du non dit, de la brisure, envoûtant comme personne, ambivalent comme seule peut être l’absolue beauté, Miles Dewey Davis, certainement la seule superstar du jazz, rend son ultime souffle à Los Angeles le 28 septembre 1991, en pleine gloire.
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