Né Vincent Eugene Craddock le 11 février 1935 à Norfolk en Virginie, Gene Vincent est issu d’une famille qui se démène comme elle peut pour ne pas sombrer dans la pauvreté, il montre peu de dispositions pour les études. Dès le début de l’adolescence il préfère jouer de la guitare que lui a procurée un de ses copains. C’est sur le perron de la petite bicoque familiale qu’il passe le plus clair de son temps à reproduire les airs country qu’il entend à la radio. Eugene n’a à cette époque aucune préférence marquée pour tel artiste ou tel style de musique. En février 1952 avec le soutien et les encouragements de son père il entre dans la marine nationale. Il n’a que 17 ans mais une fausse déclaration qui le vieillit d’un an et la bienveillance intéressée de l’officier recruteur feront le reste. L’Amérique est en guerre contre la Corée, même pas peur, Eugene en prend pour trois ans. On pourrait croire qu’il y prend goût car, dès l’année suivante, il renouvelle son engagement pour une durée de 6 ans ! En fait il s’agit de toucher une prime suffisante pour se payer la Triumph de ses rêves. Avant de devenir un passionné de musique, Eugène est avant tout un fana de motocyclettes. Cette addiction va lui coûter très cher. Quelques mois plus tard, la Chrysler d’une conductrice désinvolte brûle le feu rouge et vient lui broyer une jambe et fracturer la hanche. Il passe à deux doigts de l’amputation. La marine ne veut plus de lui, il ne lui reste que la guitare. A l’hôpital de Portsmouth il sympathise avec un certain Donald Graves. Ensemble ils ébauchent une chanson sans penser qu’elle puisse devenir une des plus mondialement célèbres du répertoire rock. En octobre 55 Gene Vincent est repéré par William "Sheriff Tex" Davis dans un concours de chant radiophonique organisé pour débusquer un nouvel Elvis. Davis va racheter sa part de droit à Donald Graves, réécrire le texte et présenter son poulain à Capitol Records qui enregistre Be-Bop-A-Lula le 4 mai 1956 dans ses studios de Nashville. Comme pour Rock Around The Clock, la chanson est mise en face B du premier single de Vincent qui parait le 2 juin. C’est pourtant cette face que choisissent de diffuser en priorité les programmateurs de la plupart des radios. L’ascension de Gene Vincent est assez fulgurante. A la tête de ses Blue Caps il écume toutes les scènes des Etats-Unis et du Canada et engrange les titres pour Capitol avide de donner une suite aussi performante à l’inespéré Be-Bop-A-Lula. Hélas Gene Vincent qui ne ménage pas son énergie sur scène, inflige à sa jambe un régime contre-indiqué à son hypothétique rétablissement. Il souffre le martyr, fait des séjours réguliers à l’Hôpital et noie sa douleur dans des excès d’alcool puis de psychotropes. En même temps qu’il perd le sens des réalités il perd un à un ses musiciens, divorce, change à plusieurs reprises de manager, perd le soutien des radios et dégringole dans les classements des ventes. Seuls Eddie Cochran et l’Europe lui demeurent fidèles. Cochran et Vincent se sont déjà croisés en avril 57 aux USA, mais c’est en octobre 1957 lors d’une tournée australienne de trois semaines où ils partageaient l’affiche avec Little Richard qu’ils sont véritablement devenus complices. Eddie Cochran participera volontiers aux séances d’enregistrement de l’album A Gene Vincent Record Date qui auront lieux du 13 au 21 octobre 1958. Début décembre 59 Gene Vincent part pour l’Angleterre pour préparer et entamer la tournée qui doit durer jusqu’au printemps 60. Sur son insistance Eddie Cochran le rejoint le 11 janvier. Ils sont accompagnés par le groupe de Marty Wilde, les Wild Cats ou par les Four Beat Boys. Le 16 avril 1960, cette harassante mais triomphale tournée prend fin à l’Hippodrome de Bristol Afin de regagner Londres au plus vite Gene Vincent, Eddie Cochran, et Sharon Sheeley la compagne d’Eddie, s’engouffrent dans un taxi. Vers une heure du matin ce 17 avril 1960, à l’entrée de la ville de Chippenham, le conducteur dans une courbe perd le contrôle de son véhicule qui vient s’encastrer dans un poteau de signalisation. Eddie Cochran n’est plus… Gene Vincent ne s’en remettra jamais. C’est sans grande conviction et hanté par un énorme sentiment de culpabilité qu’il reprend le cour de son métier. S’il continue d’être adulé en Europe, l’Amérique lui tourne définitivement le dos. Il meurt le 12 octobre 1971 à l’âge de 36 ans.
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